Un grand militant vient de nous quitter

Après le décès d’Aimé Halbeher.

D’autres que moi l’ayant côtoyé plus longuement et de plus près que moi rappelleront ce que l’homme était durant son parcours. Je ne m’en tiendrai qu’à trois images espacées chacune de d’environ 20 ans : 68, 86, 2002.

J’ai découvert Aimé en mai 68 quand j’étais encore un ado, lui était le jeune dirigeant à la tête de l’occupation de Renault Billancourt.

Lui plus encore que son aîné Roger Silvain avaient une cote d‘enfer parmi les jeunes gars et filles des citées HLM du 13e . Affamés d’info, la presse et les transistors faisaient que nous en savions plus sur la grève et les manifs place Nationale et rue Yves Kermen que sur celles dans les boîtes où nos parents et voisins de nos cités étaient engagés.

Déjà sa figure de jeune gars aux propos déterminés mais équilibrés tranchaient avec ceux des médiatisés – le mot n’était pas encore à la mode mais la pratique sélective bien établie – d’un Cohn Bendit d’un Geismard ou d’un Sauvageot.

Près de 20 ans plus tard, devenu cheminot et militant j’ai fait la connaissance d’Aimé.

Je me souvient encore de son intervention lors d’une réunion du secteur entreprise (la première pour moi) après les grèves de 86-87, lui confirmant par une analyse serrée notre ressenti de terrain sur l’aspiration démocratique dans les entreprises mais aussi dans les organisations qui y menaient l’activité revendicative et politique.

Son analyse de ce que révélait d’exigence les exploité-e-s, mais aussi attirant l’attention sur ce que voulait dire l’émergence des coordinations éclairant en creux les faiblesses des pratiques militantes d’alors.

Il avait pointé comment chez les cheminots une pratique au quotidien dans la luttes des assemblées générales, des réunions de syndiqués ouvertes, chantier par chantier, à travers le pays, de balbutiantes en 68, était devenue des point d’appuis appelés à devenir pierre angulaires. Les cheminots -sans que personnellement je n’en ai pris alors la mesure – permettaient de comparer à d’autre secteurs où le syndicalisme avait été assez secoué.

Aimé s’appuyant sur les faits, échafaudant une réflexion qui fera empreinte dans le PCF d’alors pour conduire à la formulation de l’exigence émancipatrice d’ un socialisme autogestionnaire.

Je pense qu’on peut le dire sans mordre le trait, Aimé a été un des acteurs principaux de l’élaboration de cette stratégie. Son expérience de métallo chez Renault, dirigeant syndical d’un syndicat de classe et de masse ET animateur de la section d’entreprise du PCF avec ses centaines d’adhérents d’alors, dans un des grands moments de l’affrontement capital travail de l’histoire du mouvement ouvrier de notre pays l’a conduit à ces réflexions. Le caractère de l’Homme permettant de les faire partager, et nous poussant à les enrichir.

Dès lors lui en responsabilité politique à la direction d’Économie et Politique (quel outil alors pour les militants!), membre du CC du PCF, et moi dans les miennes bien plus modestes nous avons cheminé rarement loin l’un de l’autre, avons chacun là où nous étions dénoncé la montée en puissance de la ligne réformiste dans le parti, la place grandissante de l’ANECR et le rôle envahissant des élu-e-s au détriment de la quasi totalité des autres secteurs d’activité indispensables à une organisation qui se veut révolutionnaire et qui se fixe pour objectif de supprimer le capital.

Sa prise de distance avec la direction de son parti pour lui pouvoir rester communiste renforcera cette complicité. Mes liens parisien avec Élie Dayan comme ceux avec Guy Poussy permettant des échanges qui arrivaient à se transformer en fraternelle discussion lors de nos trop rares rencontres.

A un moment donné après le largage par la direction du parti du mouvement de 95 — Hue, Gau et Gayssot s’opposant violemment à toute expression politique nationale, bloquant la diffusion du texte élaboré par le secteur entreprise du parti en solidarité avec la grève des cheminots — puis la participation au gouvernement Jospin, l’empilement des trahisons ministérielles validées par Hue marqueront une rupture douloureuse pour tout ceux qui la subirent.

Aimé ne sera pas en dehors de ceux catastrophés par le naufrage pour dénoncer la responsabilité des flibustiers naufrageurs.

Participant à la création d’une dynamique interpelant les communistes autour d’un manifeste affirmant « Nous assumons nos responsabilités », en étant un des fondateurs de « Rouges Vifs » dont les statuts – il les lira avec attention et aidera à les ajuster – seront rédigés et déposés par moi même. Il participera activement à la mise en place de la création d’un courant politique s’opposant à la social démocratisation d’un P »c »F qui avait « gagné » sa minuscule et les guillemets l’encadrant.

Pas une brigade monolithique mais bien un espace de réflexion, construction, propositions pour continuer le travail engagé par le jeune ouvrier syndicaliste communiste de 1968 pour subvertir le système afin de supprimer sa racine, l’exploitation capitaliste, combat que jusqu’au bout il a su mener sans faiblesse.

Quand un homme d’une si grande dimension traverse l’histoire avec une telle modestie et discrétion lié à une telle volonté de combattre et entraîner au combat, cela commande le respect .

Salut Aimé dans les conditions si complexes du moment, nous sommes un nombre conséquent et déterminé à poursuivre ton combat. Tu vas nous manquer.

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